Conférence « Après l’AVC, les nouveaux chemins de la récupération »

Photo CRR Suva Sion


Quid de l’AVC et quelques chiffres

Le Dr Jörg Kleeberg, médecin associé dans le service de réadaptation en neurologie, débute sa conférence en rappelant que l’accident vasculaire cérébral (AVC) peut être de deux types: l’AVC hémorragique (rupture d’un vaisseau sanguin) ; et l’AVC ischémique (occlusion d’un vaisseau sanguin). Les cellules neuronales dépendant de ce vaisseau vont alors progressivement mourir. Les conséquences sont très variables et peuvent par exemple toucher la vue, la mémoire, le comportement, le moral ou la parole. L’AVC est la 2ème cause mondiale de mortalité et les chiffres augmentent. En 1990, 3.7 millions d’AVC ont eu lieu et ce chiffre a doublé en 20 ans. Enfin, sur les 20 millions de personnes ayant eu un AVC dans le monde, 15 millions de personnes y survivent, dont 5 millions avec des séquelles invalidantes. 40% de la part des survivants ont besoin d’une rééducation active.

Récupération et neuroplasticité

Le plus fort pourcentage de récupération se situe dans les 3 à 4 mois suivant un AVC. En général, 95% des résultats sont obtenus après 9 semaines. La récupération s’avère plus rapide pour les troubles moteurs que pour les troubles du langage. Plusieurs facteurs comme l’âge ou l’état de santé de la personne influencent également la récupération suite à un AVC. Les spécialistes savent également que le cerveau met en place un processus de régénération, appelé « plasticité cérébrale » ou « neuroplasticité », ce qui offre de nouvelles perspectives de récupération.

Rééducation et nouvelles thérapies

Pour récupérer de séquelles neuronales, plusieurs moyens sont utilisés :

  1. Les fondamentaux de la rééducation se basent sur la répétition d’un mouvement combinée avec un objectif précis. Celui-ci motive le patient qui voit ses progrès (exemple : plier le bras pour arriver à amener le verre vers sa bouche).

  2. La technologie avec les cyberthèses, robots stimulant les muscles de manière électrique en fonction de la marche du patient (WalkTrainer™) ou simulant le mouvement de la marche tout en stimulant les muscles de manière électrique (MotionMaker™). Enfin, le concept de thérapie « Armeo® » dont les robots aident à la récupération des membres supérieurs du corps.

  3. Les brain-machine interfaces ou la stimulation électrique du cerveau qui permet une communication directe entre le cerveau et un dispositif externe. Ces programmes permettent aux patients de se déplacer (en chaise roulante électrique) ou de manipuler des objets (mouvements des bras). Ces interfaces permettent en quelques sortes de lire dans les pensées du patient. Actuellement, les spécialistes tentent d’utiliser ces interfaces jusqu’à ce qu’une électrostimulation soit possible. Celle-ci renforcerait le muscle et permettrait une récupération progressive.

  4. La réalité virtuelle via un visiocasque ou un écran qui permet d’augmenter la motivation du patient, d’adapter la difficulté, d’élaborer de nouveaux exercices, d’avoir un retour immédiat du patient, d’augmenter l’intensité des exercices, ceci en toute sécurité. Les résultats concernant la marche sont encourageants mais trop peu d’études existent sur le sujet. Les bénéfices pour les membres supérieurs relèvent principalement de la fonction motrice. La difficulté réside dans la récupération de la dextérité et de la force. L’héminégligence reste pour l’instant très difficile à traiter, car il est nécessaire de rendre le patient attentif au fait qu’une seule moitié de son corps fonctionne. En effet, le patient pense que tout va bien mais ne réalise pas qu’une moitié de son corps ne fonctionne plus (il se lève mais tombe car sa jambe gauche ne répond pas ou il ne mange que la moitié de son assiette, ne voyant pas l’autre moitié).

  5. En cours de recherche : la stimulation non-invasive du cerveau ou stimulation magnétique transcrânienne par un courant de faible voltage sur la zone intéressée. Cette technique permettrait d’activer la zone lésée (qui est souvent inhibée) et de calmer le côté sain du cerveau (qui présente une forte excitabilité suite à la lésion).

  6. Approche futuriste : et si on changeait de cerveau ? Ces études sont au niveau expérimental et n’ont fait l’objet de tests que sur les animaux. Elles concernent l’implantation de cellules souches neuronales ou la stimulation des mêmes cellules se trouvant au niveau des os et qui seraient prélevées dans le sang puis transformées en laboratoire avant d’être réimplantées, pour ne citer que quelques possibilités.

Privilégier une approche pluridisciplinaire

Toutes ces approches ont leur intérêt et peuvent apporter une amélioration. Les progrès relatif à la fonction motrice sont en général plus faciles à atteindre que les progrès relevant du sensitif. Le Dr Kleeberg préfère une approche pluridisciplinaire, combinant justement les nouvelles technologies avec les fondamentaux de la rééducation que sont la physiothérapie, l’ergothérapie, la musicologie et les autres disciplines du domaine.