FRAGILE Suisse : Professeur Fischer, vous dites qu’au moins un AVC sur deux pourrait être évité. C’est surprenant.
Urs Fischer : oui, beaucoup croient qu’un AVC est une fatalité, contre laquelle on ne peut rien faire. Mais ce n’est pas vrai. Bien sûr, on ne peut pas éviter tous les AVC, il existe des facteurs de risque auxquels nous ne pouvons rien changer, comme l’âge par exemple. Pourtant, il en existe bien d’autres sur lesquels on peut agir. L’hypertension artérielle est le facteur de risque le plus courant, et est facile à traiter. On peut y ajouter le diabète, le cholestérol, la sédentarité, le surpoids et le tabagisme. Aujourd’hui, nous savons que le manque de sommeil, le stress chronique et certains facteurs environnementaux comme la chaleur peuvent jouer un rôle. Un mode de vie sain permet de réduire sensiblement le risque. Cependant, il ne faut pas sous-estimer cette maladie : selon les statistiques de l’OMS, une personne sur quatre dans le monde est victime d’un AVC au cours de sa vie.
Quels sont les signes avant-coureurs dont on ne tient pas assez compte ?
Ce sont surtout les symptômes légers. Si beaucoup considèrent une hémiparésie marquée ou un trouble de la parole comme une urgence, la situation est plus compliquée en cas de légère paralysie faciale, de troubles de la parole ou de la vision passagers. Un phénomène appelé « mini-AVC » (ou AIT), c’est-à-dire un trouble vasculaire temporaire, est particulièrement sournois. En effet, les symptômes disparaissent au bout de quelques minutes, mais c’est précisément ce qui conduit à les sous-estimer. En réalité, un mini-AVC est un signal d’alarme. Si on ne fait pas d’examen rapidement, le risque de faire un AVC sévère augmente considérablement dans les heures ou les jours qui suivent. C’est pourquoi il faut agir immédiatement, même en cas de mini-AVC.
Existe-t-il un facteur de risque particulièrement sous-estimé ?
Sans hésiter : l’hypertension. Beaucoup de personnes – en particulier les jeunes – ne savent pas qu’elles en souffrent. C’est pourquoi je recommande de prendre régulièrement sa tension. Ce que beaucoup ignorent aussi : les facteurs de risque qui peuvent provoquer un AVC augmentent également le risque de démence. Celles et ceux qui font attention à leur tension protègent non seulement leur coeur et leur cerveau, mais préservent aussi leur santé mentale jusqu’à un âge avancé.
Que devons-nous faire lorsque des symptômes typiques surviennent ?
Appeler sans attendre le 144. En cas d’AVC le mot d’ordre est « Time is brain. » Chaque minute compte. Plus les personnes concernées sont prises en charge rapidement dans une Stroke Unit ou un Stroke Center, plus les chances sont grandes d’éviter les séquelles permanentes ou de les réduire considérablement. Il est préférable d’appeler le numéro d’urgence une fois de trop que pas assez.
Quel message souhaitez-vous transmettre à nos lectrices et lecteurs ?
Je ne veux effrayer personne, mais plutôt donner de l’espoir. Mener une vie saine est essentiel et il n’est jamais trop tard pour commencer. Et si des symptômes devaient survenir, n’hésitez pas une seconde. Le traitement médical des AVC a fait d’énormes progrès au cours des dernières années. Agir rapidement garantit aujourd’hui de meilleures chances qu’il y a quelques années encore.
Interview : Carole Bolliger
